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Auteure indépendante depuis 2008, l'écriture est mon oxygène depuis que je suis en âge d'écrire, d'imaginer des histoires. Je m'inspire de ma curiosité, de mes lectures qui me nourrissent. Sur ce blog, je partagerai ma vie d'auteure mais aussi j'écrirai des articles en rapport avec l'écriture, les livres, et ceux, comme moi, qui créent des histoires.

Rose Harel : servante et poètesse

Alors que dans le Berry, un hommage est rendu cette année à la disparition de George Sand il y a 150 ans, en Normandie, avec discrétion, la vie littéraire célèbre le bicentenaire de la naissance de Rose Harel, servante et poétesse.

*

Je préfère à l'amour la douce poésie.

Qui me berce d'un souvenir,

Ses chants harmonieux, sa calme rêverie,

A cette ardeur qui fait mourir.

Extrait du poème, Amour et poésie.

*

Rose Harel, née le 8 avril 1826 à Bellou (61) et décédée à Lisieux le 4 juillet 1885. Tisserande, puis servante à Pont L'Evêque, elle apprend seule à lire, puis une amie lui donne des leçons d'écriture le soir. Ecrire l'anime, à trente ans, elle étudie l'histoire, l'antiquité grecque, la littérature européenne et la philosophie. Madame de Besneray l'arrachera à sa condition, la recueille chez elle et écrira son histoire, Rose Harel, servante-poète.

Rose publiera deux volumes de poésie par souscriptions, dont L'Alouette aux blés en 1863, que j'ai pu lire sur le site Gallica, et Fleurs d'automne en 1885.

Rose Harel (photo : DR)

*

Le 1er mai 1864, Adolphe Bornes, membre de l'Académie de Caen, écrit dans sa préface à L'Alouette aux blés : "Rose Harel, cette pauvre fille du peuple, qui ; pour toute instruction, apprit à lire, écrire et prier Dieu, est digne du vif intérêt qui s'attache à elle. D'une conduite irréprochable ; bonne pour sa mère, qu'elle soutient du fruit de son travail ; modeste autant que l'est sa position sociale, elle ne paraît pas comprendre tout ce qu'elle vaut, le pourquoi de l'émotion générale qu'éveille la lecture de ses gracieuses poésies : son âme est ouverte à toutes les beautés de la nature ; son cœur aux sentiments les plus généreux..."

Sur la couverture du livre, je m'interroge sur la mention de son métier à la suite de son nom : Rose Harel, servante à Lisieux. Est-ce pour montrer à la société qu'une personne de petite condition sait écrire des poèmes ? Ou, est-ce pour attirer l'oeil moqueur (mais pas méchant) sur la situation ? A cette époque, les femmes qui écrivaient, étaient désavouées, raillées et voir qu'une demoiselle, servante, même pas issue de la bourgeoisie pouvait être l'auteur de ces poèmes...j'aurai aimée vivre au 19e siècle, rencontrer Rose Harel.

Son recueil de poésies, L'alouette aux blés, met à l'honneur la vie à la campagne, des travaux à la ferme en passant par la contemplation des paysages, l'inspiration des saisons...elle dédié certains textes à des hommes, des femmes, qu'elle côtoie ou croise.

Les poésies de Rose respirent la fraîcheur, la sincérité et l'authenticité. En lisant son œuvre, je suis séduite par ses mots, je m'attache à son existence car elle montre qu'avec beaucoup de volonté, on peut réaliser son rêve, s'accomplir dans un art créatif. Les grandes études, la fortune, ne sont pas des obligations à l'épanouissement, à la réussite.

Ma lecture fut foisonnante, j'ai relevé quelques poèmes. Je ne sais pas si des rééditions sont envisagées - je n'ai pas eu de réponse à cette question - mais elles seraient méritées. Le patrimoine littéraire normand regorge de pépites, je regrette que ces talents du passé ne soient pas mis davantage en lumière car il nourrirait notre champ de connaissances et d'inspiration.

Rose Harel est une poétesse, qui écrit avec justesse la vie, de nos campagnes, celle de tous les jours.

*

Je vous propose de lire, Le Printemps, texte extrait de L'Alouette aux Blés.

Tu reparais, ô beau printemps,

O roi de la nature !

Et déjà les bois et les champs

Se couvrent de verdure.

 

Etincelant de mille feux,

Ton char d'or et de roses

A franchi les portes des cieux

Que l'hiver tenait closes.

 

Le souffle pur fait murmurer

La feuille frémissante ;

La pervenche va s'azurer

Sur l'herbe renaissante.

 

Les oiseaux reviennent, joyeux,

Dans le bois solitaire :

Le papillon capricieux

Vole sur la bruyère.

 

Le ciel est bleu ; l'air parfumé

Comme la fleur nouvelle ;

Tout rit, tout paraît animé

Sous la voûte éternelle.

 

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